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Interview de Oli de Sat et Nicola

Le 18 février, Interview de Oli de Sat et Nicola par Philippe Barbot

Votre nouvel album s’intitule La République des Meteors. Pourquoi ce titre ?
Nicola : Ça signifie que tout passe, tout disparaît, que l’on soit un citoyen anonyme ou un personnage célèbre, comme ceux qui figurent sur la pochette. Le disque parle de l’absence, de la séparation, en particulier d’avec l’être aimé. J’ai transposé ce sentiment à propos des soldats qui partaient au front en 14-18, laissant derrière eux fiancées, femmes ou enfants. Je voulais faire un album émouvant, qui me donne la chair de poule. Mais tout n’est pas triste, loin de là, dans ce disque...

Après Danceteria, Paradize et Alice & June, voilà à nouveau un concept-album...
Nicola  : Exact, mais ce n’était pas prémédité. Au départ, je n’avais pas d’idées préconçues. C’est en découvrant une expo de l’artiste Sophie Calle, à la Biennale de Venise, une expo dans laquelle elle mettait en scène une lettre de rupture, que j’ai eu l’idée de ce thème. Après, tout a coulé de source.

Oli de Sat et vous, semblez être les deux têtes pensantes du groupe. Comment travaillez-vous ?
Oli : On a la même approche de la musique. Nous n’intellectualisons pas la composition, mais partons de certains accords ou sons, par exemple d’un gimmick de guitare, d’un piano jouet, ou simplement de clochettes. On ne se met pas de barrière et ça fonctionne comme ça.
Nicola : J’ai besoin d’avoir un climat tout de suite pour la chanson. Après, l’enregistrement en studio, ça n’est que de l’exécution. Avec Oli on compose beaucoup, cette fois on avait écrit une cinquantaine de morceaux. Nous avons travaillé sans interruption, de septembre à mai dernier. Avant, avec Dominik, on en écrivait 10 ou 12 et on s’arrêtait là.

Le groupe Indochine a déjà une longue carrière, avec des hauts et des bas : le départ des musiciens originels, le décès de votre frère, une certaine traversée du désert. Comment avez vous réussi à continuer, malgré toutes ces années difficiles ?
Nicola : Je n’ai jamais douté de ce groupe, même quand le succès nous a un peu abandonné. C’est vrai que je me suis posé des questions à la mort de mon frère, mais continuer le groupe a été pour moi comme une thérapie, une façon de surmonter ce deuil. Et puis les fans nous ont toujours soutenus, j’ai toujours été très proche d’eux. Oli, par exemple, était fan d’Indochine quand je l’ai rencontré. Aujourd’hui, il fait partie du groupe.
Oli : A l’époque où j’ai commencé la musique, à part Indochine, que ce soit au niveau musical ou pictural, il n’y avait pas de groupes en France qui avaient des références anglo-saxonnes. Moi qui écoutais Blur, Nine Inch Nails ou Suede, j’ai tout de suite adhéré. C’est étonnant de voir qu’aujourd’hui, il y a presque trois générations de fans, qui se renouvellent principalement par le bouche à oreille...

Sur la pochette du nouveau disque, parmi plein de personnages, on reconnaît Jacques Dutronc. Pourtant, vous avez déclaré un jour que vous n’aimiez pas la chanson française...
Nicola : Pour moi, Dutronc, c’est du rock, parfois même du punk, c’est pas du Renaud... Les classiques de la chanson française, comme Léo Ferré, j’ai toujours eu du mal. Je me souviens m’être ramassé une torgnole de mon père parce que je me bouchais les oreilles quand Brassens passait à la radio... Mon école, c’est Gainsbourg, Dutronc et Higelin. Souchon et Voulzy un peu aussi, parce que Voulzy a une écriture très anglo-saxonne et que j’aime le côté déprimé de Souchon. Bashung, c’est plus récent, La nuit je mens est une chanson magnifique, mais je n’aimais pas Gaby, ce genre de trucs. Bashung c’est pas de la chanson pour moi, c’est du rock français, du rock en France.

Vous écoutez quoi, en ce moment ?
Nicola : J’ai beaucoup aimé l’album de MGMT, même si ça m’épate moins sur scène. C’est un peu un retour au vieux rock progressif, mais ce qu’ils dégagent me fait plutôt penser au premier Placebo. Le dernier truc que j’ai acheté c’est White Lies, rien de nouveau devant l’Eternel, mais c’est intéressant. Et toujours Antony and the Johnsons, le dernier album est magnifique. Côté français, j’aime bien le single de La Casa, Go Go Go, et Renan Luce que j’ai vu plusieurs fois sur scène grâce à ma fille. Sinon, je réécoute les premiers Bowie, Joy Division. J’adore Springsteen aussi, j’ai repris jadis une chanson de lui qui s’appelle Two Faces. Dylan, c’est grâce à lui que j’ai appris la guitare, en 92 : j’avais acheté la partition de Blowin’ in the Wind. Après, j’ai attaqué Harvest de Neil Young... Mais en fait, aujourd’hui, j’écoute de plus en plus de musique classique.

Auriez-vous aimé, comme jadis Téléphone, faire la première partie des Rolling Stones ?
Nicola : On nous l’a proposé, à Nice il y a trois ans, mais nous avons refusé. Rien à voir avec les Stones, que je respecte et que j’avais été voir aux Abattoirs de la Villette, en 1976. A l’époque, ça coûtait 42 francs. Mais là, le prix des places était à 160 euros, je ne voulais pas participer à ça. J’ai suffisamment donné mon âme au diable dans ce métier pour ne pas la vendre aujourd’hui.

Source : Attention Musique Fraîche